La  fourbure (ou pododermatite aseptique diffuse) peut être un véritable fléau. Elle nécessite précautions et soins car si elle n’est pas prise en charge à temps, elle peut laisser de grosses séquelles handicapantes.

Le printemps est une période critique où les cas de fourbure par cause alimentaire explosent.

Petit point sur les principaux symptômes et les soins à apporter en attendant le vétérinaire.

 

SOMMAIRE

  • 1. Les causes
  • 2. Les symptômes
  • 3. Que faire en attendant de vétérinaire ?
  • 4. Comment agir en prévention ?

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1. ❔ LES CAUSES

La cause principale est l’excès de nourriture, trop riche en glucides solubles. C’est le cas fréquemment rencontré au printemps, l’herbe étant riche à cette période.  Mais il existe d’autres causes de fourbure:

  • traumatique: par excès de travail intense sur sol dur et excès de poids,
  • administration de trop grande quantité de corticoïdes,
  • déshydratation,
  • infections généralisées provoquant la libération d’endotoxines, rétention placentaire,…

Il faut également savoir que les chevaux atteints d’insulino-resistance (comme c’est le cas dans la maladie de Cushing ou encore le syndrome métabolique équin) sont des sujets à risque concernant le développement d’une fourbure. A noter qu’une fourbure chronique peut se manifester à la suite d’une fourbure aiguë .

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2. 🤒 LES SYMPTÔMES

La fourbure peut toucher les 4 pieds mais, bien souvent, ce sont les antérieurs qui sont le plus sévèrement atteints. Certains cas ne voient qu’un seul pied malade mais c’est plus rare.

Généralement, les signes qui indiquent le début d’une fourbure sont:

  • une boiterie,
  • une posture anormale et un inconfort. C’est ainsi que l’on peut retrouver l’animal reportant son poids sur ses postérieurs en tendant ses antérieurs devant lui (pour le cas de fourbure aux antérieurs) ou “dansant” d’un pied à l’autre (dans le cas de fourbure aux postérieurs),
  • des changements de comportement: se coucher pour soulager ses pieds, se tenir éloigné du reste du troupeau, avoir une baisse d’appétit.

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Fourbure avec atteinte des postérieurs: posture anormale, difficulté à trouver ses appuis, contractions des abdominaux.

D’autres signes indiquant une inflammation et congestion des pieds sont: 

  • La chaleur des sabots,
  • La présence d’un pouls digité. Pour le sentir, il suffit de placer votre index et votre majeur sur le côté du patron. En cas de fourbure, vous le sentirez “pulser” alors que d’ordinaire il est faible.

 

💡Que se passe t’il dans le pied?

Pour appréhender les répercussions d’une crise de fourbure sur le pied, il faut avant tout s’intéresser à son anatomie et à sa physiologie. L’intérieur du pied est composé d’un os (3 ème phalange ou “phalange distale”) et de tissus mous, situés entre la paroi (corne) et la phalange. Ils forment des lamelles et s’accrochent ainsi entre eux, permettant en quelque sorte une solidarisation entre la phalange et la paroi. Il s’agit du podophyle (coté phalange) et du kéraphylle (coté paroi). Lors d’une fourbure, l’inflammation endommage ces tissus qui n’assurent plus leur cohésion avec la phalange. C’est ainsi que l’os se déplace, il bascule de sa position normale. On comprend alors aisément que la fourbure doit être prise en charge le plus rapidement, possible pour réduire l’inflammation précocement et éviter la modification de la structure interne du pied. Dans les cas les plus graves, la phalange peut perforer la sole (dessous du pied) ou encore le cheval peut perdre son sabot.  Lorsque la douleur est ingérable, que les conditions de vie sont trop impactées avec aucune chance d’amélioration, la solution envisagée est alors malheureusement l’euthanasie.

Une crise de fourbure peut laisser des stigmates sur la boîte cornée et la déformer.

Pied fourbu: paroi et phalange ne sont plus parallèles.

Pied sain: paroi et phalange sont parallèles

Stigmate laissé par une crise de fourbure quelques semaines plus tôt.

3. 👩🏽‍⚕️ QUE FAIRE EN ATTENDANT LE VÉTÉRINAIRE?

Soulager la douleur, diminuer l’inflammation et éloigner la cause.

Lorsqu’on soupçonne une crise de fourbure, la venue d’un vétérinaire est une nécessité.

En attendant sa visite, vous pouvez faire en sorte que la situation ne s’aggrave pas et commencer à soulager l’inflammation. Lors d’une crise au printemps, la cause est souvent alimentaire. Mettez donc en premier lieu votre cheval à la diet stricte (avec un panier si nécessaire). Vous pouvez ensuite lui mettre les pieds dans de l’eau fraîche ou effectuer une cryothérapie, pour soulager les tissus et ralentir l’inflammation. Si l’animal est déplaçable sans trop de douleur, l’installer sur une litière moelleuse: paille (avec panier!), sable, copeaux …

Bain de pied à l'eau fraiche pour diminuer l'inflammation et soulager de la douleur.

4. COMMENT AGIR EN PRÉVENTION?

Nous l’avons vu, il existe de multiples causes à la fourbure.  Voici quelques conseils pour prévenir la fourbure la plus commune au printemps, celle liée à l’herbe top riche.

🏋️ Maintenez l’exercice!

 Pendant une crise de fourbure, l’activité physique est impossible. On entre facilement dans le cercle vicieux: mal aux pieds = exercice impossible = surpoids = mal aux pieds…

LA solution: faites bouger votre cheval pour qu’il maigrisse et maintienne son poids de forme EN PRÉVENTION !

Au printemps, l’herbe est riche et les températures remontent. Le cheval consomme plus de calories alors que sa thermo-régulation engendre beaucoup moins de pertes énergétiques qu’en hiver: il grossit. Alors anticipez, dès la fin de l’hiver, n’oubliez pas de le faire bouger régulièrement. Balade en main, trotting, longe, travail à pied actif, cours de dressage ou de saut … bref, si y’a bien un moment où il ne faut louper aucune séance, c’est à ce moment là!

‼️ Si votre cheval présente déjà un embonpoint sévère, attention à faire des séances sur sols moelleux et à le mettre au travail progressivement.

🍩 Gérez ses apports alimentaires.

L’herbe la plus haute n’est pas forcément la plus riche. Ce sont souvent les jeunes pousses “stressées” car trop pâturées, qui produisent le plus de sucre.

Si votre cheval vit au pré toute la journée et toute l’année, vous avez dû vous apercevoir qu’il apprend à se “réguler” et passe certains moments à dormir ou à observer les papillons. Ce cas comporte normalement moins de risques mais certains individus prédisposés (cushing, syndrome métabolique équin, tendance à l’embonpoint, ayant un antécédent de crise de fourbure…) nécessitent tout de même des mesures durant la période critique du printemps:

  • Ne pas le laisser à l‘herbe toute la journée, préférez le mettre en paddock quelques heures par jour avec du foin pauvre. Ainsi, le cheval remplira son système digestif de fibres pauvres en sucre et ne sera pas affamé avec le risque de se jeter sur l’herbe plus riche.
  • Mettre un panier green-gard pour qu’il ingère moins d’herbe. Attention, ce dispositif requiert un minimum de surveillance étant donné qu’il implique de laisser un licol qui pourrait s’accrocher. Dans l’idéal il faut le retirer la nuit ou lorsqu’on ne peut pas surveiller le cheval pendant plusieurs heures.

 

Si votre cheval vit en box ou pré/box l’hiver, il va être tenté de se jeter sur l’herbe, et on le comprend.

  • Veiller à ce qu’il aille à l’herbe après avoir suffisamment mangé de foin.
  • Effectuer une mise à l’herbe progressive pour que son système digestif ait le temps de s’habituer à cette alimentation (coliques et diarrhées seront également limitées)
  • Attendre que l’herbe soit moins riche, plus haute.
  • Privilégier de petites zones, ne pas le laisser sur une grande parcelle riche d’un seul coup. Les clôtures et batteries amovibles sont idéales pour ce morcellement.
  • Mettre un panier green gard. Attention, ce dispositif requiert un minimum de surveillance minimum étant donné qu’il implique de laisser un licol qui pourrait s’accrocher. Dans l’idéal il faut le retirer la nuit ou lorsqu’on ne peut pas surveiller le cheval pendant plusieurs heures.

Pour résumer, la fourbure est une pathologie sérieuse qu’il ne faut pas prendre à la légère. Une mauvaise gestion aux prémices de la crise et c’est le risque de voir s’installer des séquelles douloureuses, handicapantes, voire la perte de votre cheval. N’oubliez donc pas de prévenir, réagir vite et appeler un vétérinaire!

 

A bientôt pour un nouvel article! 🙃

Crédit photo: Aurélie Mercadier/Gwenola Sorin/Camille Seiler

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